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Sante

Réouverture de MédiS au point mort, rupture de médicaments… : La Pilule amère de Seydina Oumar Ndiaye

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Réouverture de MédiS au point mort, rupture de médicaments… : La Pilule amère de Seydina Oumar Ndiaye
Quatre mois après le début des négociations avec l'État, la réouverture de l'unique usine de fabrication de médicament, MédiS Sénégal, est au point mort. Le délégué du personnel, Seydina Oumar Ndiaye pointe dans cet entretien un jeu mesquin de la direction ainsi qu'une faiblesse de l'État. Au même moment, plusieurs molécules (phénobarbital, paracétamol, Quinimax, etc.) produites par MédiS sont en ruptures malgré les assurances de la Pharmacie nationale d'approvisionnement (Pna) confrontée aux aléas de l'importation.

Vous avez rencontré le ministre de la Santé au mois de mars dernier en vue d'une possible reprise de MédiS Sénégal. Aujourd'hui où en êtes vous ?

Effectivement au mois de mars on a eu à rencontrer le ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, en présence de la présidente du Haut conseil du dialogue social, Mme Innocence Ntap Ndiaye. On a eu cette réunion dans les locaux du ministère de la santé. Suite à cette réunion, le ministre avait porté le combat et il devait faire un rapport qu'il devait envoyer à la présidence.

Maintenant, suite à cette rencontre là, comme on l'a vu, le président lors d'un conseil des ministres avait donné des instructions aux différents ministres de tutelle à savoir : celui de la Santé, de l'Industrie, du Travail et même le ministre des Finances. Il leur avait demandé de faire le nécessaire pour la réouverture rapide de MédiS parce que pour lui c'était une question de souveraineté sanitaire.

C'est dans ce sens que quelques jours après, je pense deux semaines après, on a été saisi par le conseiller technique du ministre des finances qui s'est présenté comme le coordonnateur chargé de diligenter les négociations tripartites entre : l'État, la direction de MédiS et le personnel à travers leurs délégués. Donc on a eu à faire trois à quatre séances de vidéoconférence pour un peu partager les différentes propositions des différentes parties et puis échanger. Mais de ces échanges ce qu'on a constaté c'est qu'il n'y avait pas une volonté de la part de la direction de MédiS de vraiment avancer.

Où se trouve le blocage ? Au niveau de la direction de MédiS ou il y a absence de volonté politique de la part de l'État ?

On ne peut pas dire qu'il y a absence de volonté politique du côté de l'État du moment que le président de la République a lui-même pris en charge le dossier et puis instruit ses ministres pour faire avancer les choses. S'il y a blocage au niveau de l'État, c'est au niveau du ministère des finances qui est chargé de faire avancer le dossier.

C'est-à-dire qu'on sent un peu une faiblesse des gens qui sont en charge du dossier. Parce qu'aujourd'hui, l'État a tous les pouvoirs pour se faire entendre. Mais s'il se laisse dominer par les investisseurs étrangers qui viennent ici imposer leur loi au détriment de la constitution et du code du travail, là on se dit qu'il y a une faiblesse de l'État. Sinon la volonté politique est manifeste.

Du coté de la direction de MédiS où se situe le blocage ?

Sincèrement on n'arrive pas à cerner la volonté de la direction de MédiS. Si elle fait certainement propositions, on se dit que les gens là ne veulent pas travailler.

Quelles sont ces propositions ?

Leurs propositions, c'est aller jusqu'à diminuer de 50% les salaires du personnel et puis éliminer tous les avantages et acquis du personnel qui datent de plus de 40 ans parce que l'Usine a été créée en 1973 (47 ans). Pendant tout ce parcours que l'usine a cheminé, les travailleurs ont acquis beaucoup d'avantages.

Donc la direction veut faire table rase de tout cela…

Voilà ! Ils veulent faire table rase de tout ça. C'est comme s'ils voulaient bâtir une nouvelle entreprise avec de nouveau bulletins de salaire. C'est un peu ça qui bloque et le personnel ne peut pas accepter cela.

Du côté de l'État qu'est-ce qui a été décidé pour lever ces blocages là ?

En fait, du côté de l'État lors de ces rencontres là, ils ont essayé vraiment d'avoir le juste milieu entre le personnel et la direction. Mais nous aussi, ce qu'on attendait de l'État surtout par rapport à ces négociations-là, c'est que l'État entre dans le capital de MédiS. Le président de la République avait promis d'injecter 5 milliards pour entrer dans le capital pour avoir un certain pouvoir de décision et pour nous permettre de rouvrir parce que c'était des problèmes de finances qui justifiaient la fermeture, selon la direction.

Mais lors de ces négociations à notre grande surprise, on n'a pas senti cet apport financier de l'État qu'on avait entendu à travers la presse. Cela nous a un peu inquiété. On attendait vraiment cet apport financier de l'État. C'est primordial, il faut que l'État entre dans le capital de MédiS.

Aujourd'hui l'État du Sénégal envisage d'ouvrir le secteur aux investisseurs. Qu'est-ce que vous en pensez ?

On est preneur. Nous on demande même à l'État de nationaliser l'usine d'en faire une entreprise nationale. Maintenant si ce n'est pas possible, d'avoir une grande partie au niveau du capital.

Je pense que c'est le contraire qu'il envisage de faire…

Cela aussi ça ne nous dérange pas. Tout ce que nous voulons, c'est ouvrir et travailler. Maintenant que ce soit des investisseurs ou l'État ne pose pas problème. L'État aussi a des leviers de financements comme Fonsis et Fongip. D'autres investisseurs peuvent venir et faire comme la direction de MédiS. Donc il faut que l'État ait une part pour que cela serve de garantie afin que des investisseurs ne puissent pas venir et faire ce qu'ils veulent.

En ces temps de Covid-19, on a vu que l'État du Sénégal a placé sa souveraineté sanitaire sur les commandes et les dons de médicaments à l'étranger. Quelles peuvent être les conséquences ?

On commence à les vivre. Là actuellement, il y a une rupture drastique de médicaments au niveau national parce que plusieurs pays n'exportent plus de médicaments.

Vous voulez parler du phénobarbital et du paracétamol, deux molécules que vous produisiez…

Il y en a d'autres : la terpine codéine (pour la toux), le parégorique. Aujourd'hui on est en période de palu, il y a le Quinimax, le paluject… tout ça c'est des produits qu'on fabriquait ici à MédiS Sénégal. C'est actuellement en pénurie.

Il y en a plus. A la pharmacie, il n'y a plus de paracétamol et beaucoup de Sénégalais ont fait le constat. Il n'y a plus de fer pour les femmes enceintes. Plus de Doliprane en sirop.

Aujourd'hui est-ce qu'il y a lieu de s'inquiéter même si on entend la Pna rassurer à chaque fois pour dire qu'elle a passé des commandes ?

Effectivement. L'inquiétude est déjà là. Comme vous le savez, c'est déjà crié partout. Mais chaque fois qu'il y a pénurie qu'est-ce qu'on constate, la Pna sort toujours pour soi-disant rassurer. Mais comment on peut comprendre qu'une usine qui est sur place, tu fais une commande de Phénobarbital en 2 heures on te livre la commande, vous vous permettez d'aller jusqu'en Inde acheter le produit là-bas avec tous les aléas de l'importation, attendre le produit avec tous les risques de retards. Nous ne pouvons pas comprendre.

Il faut comprendre la Pna. Elle a la charge de l'approvisionnement du pays en médicament, elle ne va jamais avouer qu'il y a des ruptures. C'est ce qui explique ses sorties pour démentir. Mais cette rupture, elle est là, l'inquiétude aussi. Sous peu, ça va s'aggraver davantage.


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