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CENTRE DE SANTÉ DE SÉDHIOU : Une structure en manque de tout

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CENTRE DE SANTÉ DE SÉDHIOU : Une structure en manque de tout

Rien ne va plus au centre de santé de Sédhiou. Les malades abandonnés à eux-mêmes se tordent de douleurs, à même le sol. Le personnel qualifié est introuvable. Seuls les agents de santé de base communautaire (ASBC) qui sont très mal motivés tentent de sauver peau d’un établissement de santé de type II, d’une capacité d’accueil de soixante trois lits et d’un plateau technique très relevé hélas mais qui est devenu un « mouroir » pour bon nombre de patients. La situation est si grave quelle frise parfois le mépris. Pour la dénoncer, les populations promettent d’envahir la rue pour se faire entendre de vives voix.

Le centre de santé de Sédhiou entièrement rénové en 1998 pour un coût de plus d’un milliard et demi de francs CFA répond aux normes de type II. Il est d’une capacité de 63 lits avec des services stratégiques comme le bloc opératoire, la radiologie, le laboratoire, l’ophtalmologie, la section bucco dentaire et la maternité. Mais tous ces services ne fonctionnent presque pas, faute de personnel qualifié. A ce jour, aucun infirmier d’Etat n’est sur place, moins encore de sage femme d’Etat alors que la population de la commune seulement dépasse les vingt cinq mille habitants. Comble de malheur, le seul médecin chef du district sanitaire et spécialiste en chirurgie, le docteur Kalidou Konté est mis en position de stage pour deux ans à M’bour. Certes il vient de boucler sa première année de séminaire mais il n’est présent à Sédhiou qu’une semaine sur sept. Jeudi dernier, le conseil municipal en a largement fait cas lors de sa troisième session ordinaire. L’édile de Sédhiou visiblement très déçu par cette situation constate et déplore le fait que « le personnel de santé du district de Sédhiou ne cesse de se retirer de l’établissement depuis un certain temps comme s’ils viennent seulement se faire la main et repartir. Il y’a d’abord le médecin chef qui est en formation et qui n’est là qu’épisodiquement. Malgré la qualité de son travail, son absence porte beaucoup de préjudices à la population ; et malheureusement, il n’a pas d’assistant. D’un autre côté, tous les infirmiers aussi sont entrain de quitter, qui, pour une promotion à la région médicale de Kolda, qui pour un stage de formation ailleurs. C’est également le cas des sages- femmes.

De ce point de vue, on se rend bien compte de la précarité dans laquelle vivent les populations en cette période de saison des pluies marquée ici par un taux élevé de malades du paludisme et autres pathologies courantes spécifiques à la zone. Présentement, il n’y a que le personnel subalterne qui s’occupe des patients. L’affaire est gravissime quand même et nous invitons l’Etat à nous pourvoir en personnel de santé qualifié en nombre suffisant pour abréger le plus vite possible cette situation pour le moins inquiétante », a souligné le Professeur Balla Moussa Daffé.

Le district sanitaire a mal partout : pas de consommables et le parc engin est en agonie !

A y voir de très près, le centre de santé de Sédhiou qui polarise trente quatre (34) postes de santé et une centaine de cases a mal partout. Outre le déficit criard en personnel qualifié, le district dans son ensemble fait très souvent face à un manque récurrent de consommables « la rupture des consommables handicape sérieusement le fonctionnement de nos services. Il faut à chaque fois faire recours aux autres localités de la région. Et ce n’est pas toujours évident d’avoir satisfaction à temps réel. Nous en souffrons profondément tout comme les patients qui peinent à nous comprendre le plus souvent », avait déploré Ousmane Camara alors ophtalmologue et porte-parole de la section départementale du Syndicat Unique des Travailleurs de la Santé et de l’Action Sociale (SUTSAS) de Sédhiou. Le parc automobile n’est pas mieux loti. Sur une dizaine de véhicules, seuls deux, notamment les ambulances, sont présentement opérationnels sur place, le troisième étant avec le médecin chef en formation. Le reste meurt à petit feu dans le garage à la merci des intempéries et des larcins. Les motos connaissent ce même sort tout comme certains équipements mobiliers qui faisaient la fierté des populations.

Le plan sésame : un fardeau de plus qui divise populations et personnel soignant.

D’après le docteur Kalidou Konté Médecin-chef du district sanitaire de Sédhiou, le plan sésame a crée plus de problèmes qu’il n’en a réglé. « Depuis l’annonce de ce plan sésame, nous recevons chaque fois une très grande affluence de personnes âgées. Nous nous sommes conformés à la règle telle que souhaitée par le chef de l’Etat son Excellence Me Abdoulaye WADE mais à l’arrivée, nous n’avons reçu que moins de trois millions de remboursement alors que ce que nous y avons investi dépasse très largement ce montant . D’autre part, les populations en font un droit absolu et pour un moindre détail certains n’hésitent pas à nous en vouloir à mort. En réalité, notre rythme de fonctionnement est identique à celui d’un vrai hôpital alors que nos budgets et nos recettes sont maigres. C’est de cette somme que nous prenons en charge une partie du personnel communautaire, l’entretien des biens d’équipement, la prise en charge sanitaire de nos agents et des membres de leur famille, le carburant, les frais de maintenance des engins et autres accessoires. Mais cela, on ne peut pas l’expliquer à tout le monde et tout le temps », révèle Docteur Konté.

Et d’ajouter : « nous avons également appliqué la gratuité des soins maternels, notamment les césariennes. Tout au début, il nous a été très difficile de faire comprendre aux patients qu’en dehors de l’offre qui se trouve dans le kit d’accouchement et l’opération en tant que telle, il leur revenait de prendre en charge le reste des frais compte non tenu bien entendu des frais d’hospitalisation. En un an, nous avons fait presque 227 césariennes contre moins d’une centaine l’année qui avait précédé. Cela explique d’une part le raz-de-marée suscité par ce programme surtout dans le monde rural. Conséquence, les kits sont très vite finis mais les populations n’avaient rien compris par la suite espérant toujours qu’il en restait encore. Et devant des cas vraiment critiques on ne pouvait faire autrement ; malheureusement, la compensation ne venait plus »

La prise en charge des accidentés de la circulation : Une grosse épine sur les pieds des responsables de la structure !

Le centre de santé de Sédhiou a été très sollicité cette année par les cas d’accidentés de la circulation beaucoup plus qu’il n’en a jamais été auparavant. Cela résulte de la recrudescence des accidents dans le département, notamment sur la route nationale No 4 reliant Sénoba à Ziguinchor. A en croire toujours le Docteur Kalidou Konté, la prise en charge de ces cas se pose avec acuité compte tenu des difficultés de fonctionnement que traverse l’établissement sanitaire : « durant ces deux dernières années, nous avons reçu beaucoup de cas d’accidentés de la circulation. Et comme vous le savez, on ne peut pas refuser les premiers soins à un accidenté ; donc nous les prenons en charge dans l’immédiat avec tout ce que cela comporte comme usage de médicaments, de restauration, de frais de transport retour vers les structures de santé proches de leur localités respectives, pour ne citer que ces engagements-là. Pour ces cas sociaux aussi, le centre de santé ne reçoit aucun remboursement. Ce qui ne manque pas naturellement de provoquer un déséquilibre sur le budget initial », souligne -t-il.

Les infirmiers contractuels et les ASBC réclament de meilleures conditions de travail.

Sur les trente quatre postes de santé que compte le district de Sédhiou, une quinzaine au moins est tenu par des infirmiers contractuels. Il y’a moins d’une année, leur contrat était arrivé à expiration et après une très longue attente dans l’espoir d’un hypothétique renouvellement, ils n’avaient trouvé mieux que de plier bagages à juste raison me direz-vous. Et il fallait attendre un semestre pour qu’ils reprennent le chemin inverse nonobstant les nombreuses manifestations de protestation des populations qui en ont lourdement pâti.

Cette situation pour le moins regrettable risque fort de se répéter avec cette prédominance des contractuels dans le district sanitaire de Sédhiou. D’ailleurs, ces derniers déplorent, sous le couvert de l’anonymat, le retard des paiements et autres indemnités (risques, éloignement). Ce qui, de leur avis, n’est pas de nature à les motiver alors que l’immensité des préoccupations dépasse largement l’offre de prise en charge du personnel. Même sentiment de déception chez les agents de santé à base communautaire (ASBC).

Ils estiment être les parents pauvres de la politique de santé publique « nous, nous avons accepté de venir en appoint à la politique de santé de l’Etat du Sénégal pour plusieurs raisons. D’abord c’est pour contribuer à relever le niveau de santé des populations, ensuite bénéficier des retombées de la nouvelle réforme dans le domaine de la santé eu égard à l’importance que notre pays accorde à la santé des populations. Personnellement, je suis à ma douzième année de service mais je n’ai jamais avancé dans le traitement. J’ai même du mal à dire à mes proches camarades ce que je gagne par mois alors que nous faisons des résultats miraculeux. Par exemple l’année passée, j’ai reçu les félicitations de mes chefs hiérarchiques dans le domaine du traitement des tuberculeux. Et qui ignore les risques de contamination de cette pathologie ; mais jamais mon cachet n’a évolué d’un centime. Je trouve que cela n’est pas du tout juste et ça tue les initiatives, les volontés patriotiques car voyez-vous, personne d’autre ne veut plus s’y aventurer comme nous l’avions fait au tout début », s’indigne Fodé Kaba Seydi alias Zaki porte-parole des ASBC de Sédhiou.

On retiendra en un mot que le district sanitaire de Sédhiou traîne une très grave maladie telle que le révèle le diagnostic ci-haut, une maladie qui en fait aujourd’hui un véritable « mouroir » pour patients. Les populations qui en ont plein le dos menacent d’envahir la rue dans les prochains jours pour se faire entendre. En réalité, il urge de pourvoir le district sanitaire de Sédhiou en personnel qualifié et en nombre suffisant pour abréger le calvaire des populations dont le nombre dépasse les quatre cents mille habitants. D’autre part, il s’agira d’en faire carrément, selon certains, un hôpital avec un statut digne de ce nom pour lui faire profiter des avantages des établissements d’un tel niveau. Cela est bien possible dans ce contexte de l’érection de Sédhiou en une collectivité régionale, clame-t-on avec force.



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