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Les quartiers résidentiels voués à la disparition : Après le Point E, la spéculation foncière et immobilière étouffe les Almadies

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Les quartiers résidentiels voués à la disparition : Après le Point E, la spéculation foncière et immobilière étouffe les Almadies

Conséquences inattendues de la spéculation foncière tous azimuts, on assiste à la disparition des quartiers résidentiels à Dakar. Le point E, les Almadies, Fann-Résidence et quelques autres quartiers huppés de Dakar représentaient dans la capitale sénégalaise, comme il y en a partout dans les grandes villes du monde, des lieux de résidence pour une certaine catégorie de populations, généralement de la haute ou moyenne bourgeoisie.

Puisqu’il faut de tout pour faire un monde, avec les quartiers populaires, vieux quartiers coloniaux, colonisés à leur tour par les autochtones, les Hlm, connus dans le monde entier, les quartiers d’affaires ou administratifs, et les bidonvilles, ils participent d’un certain équilibre urbanistique, économique, esthétique et social même d’une ville. Et comme donc tous les quartiers, plus que les autres, les quartiers résidentiels font l’objet d’une règlementation d’occupation de l’espace et de normes de construction strictes. Le Plan d’Urbanisme des Almadies interdisait de construire des immeubles plus hauts que R+1 et n’autorisait pas de construction sur moins de 1000 m2 avec un Coefficient d’occupation du sol (Cos) de 30%, c’est-à-dire qu’un propriétaire d’un terrain de 1000 m2, ne pouvait construire de surface habitable que sur 300 m2. Le reste devant servir à aménager jardins et autres aires. Même chose pour Fann-Résidence, strictement : pas moins de 1000 m2, Coefficient d’occupation du sol 30%.
A côté des lois et règlements, des règles non écrites relevant du respect dû au voisin, de la bienséance entre gens d’un certain monde, étaient venues, au fil du temps, donner un certain cachet à ces quartiers huppés.
Quand on s’y attardait aux heures de sieste, on entendait le bruissement des feuilles d’arbres sous la caresse du vent, les chants des oiseaux, généralement rien d’autre. Aujourd’hui, dix ans après l’avènement de l’alternance, le Point E s’est transformé en un quartier hybride, ni résidentiel, ni quartier d’affaires ou administratif, avec des immeubles de sept étages ou plus, abritant en leurs
rez-de-chaussée des salons de coiffure, des Ecoles privées, appartements et studios à louer, des manières d’Hlm privées, jouxtant des librairies-par-terre, des dibiteries et tables de restauration précaires installées à l’air libre. Cette ambiance de Médina, favorisée par le rachat des nouveaux riches du pouvoir des demeures de certaines vielles familles devenues besogneuses, a chassé la plupart des ambassades et autre missions diplomatiques installées là comme par tradition, ainsi que dans les autres quartiers de même standing, parce que le calme et la sécurité ont déserté les lieux.
En face du Point E dont il est séparé par l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, Fann Résidence résiste un peu mieux à la boulimie des nouveaux riches et la plupart de ses belles et grandes villas gardent encore ce charme mystérieux qui en impose et ses rues bruissent encore, à midi, du chant des oiseaux dans les grands arbres les bordant. Mais ce quartier résistera-t-il longtemps aux assauts des nouveaux investisseurs dans la pierre, adeptes des immeubles à loyers immodérés, véritable spéculation de rentiers paresseux ou planque à blanchiment d’argent ? L’anecdote que l’on va conter ne répond pas à la question, mais elle est intéressante.
Un vieux dignitaire, qui connut son apogée au temps de Senghor, propriétaire et résident d’une des immenses villas de Fann-Résidence, certes, un peu vielle, avait entrepris discrètement de la vendre. Il avait fini par trouver acquéreur en la personne d’un cacique du régime libéral qui se présenta, le jour où la transaction devait être finalisée, avec une valise contenant les 300 millions convenus. Le vieux senghorien en fut choqué et refusa la transaction, en tout cas sous cette forme…
Si Fann Résidence résiste, tant soit peu, ce n’est certainement pas seulement à cause de ce type de résistance, c’est qu’il n’y reste pratiquement plus de poche de terrain à accaparer pour y construire des immeubles ‘’m’a-tu-vu’’, généralement moches, bons que pour la spéculation immobilière. Ce qui n’est pas le cas des Almadies.

Les Almadies étouffent
Sa proximité avec la route de l’aéroport qui le borde, avec ses bars et dancings à profusion, les hôtels qui s’érigent, un tous les cent mètres, sur sa rue principale, la route des Almadies, ont introduit dans ce quartier un genre de nuisances, sonores et nocturnes, que les Almadies ne connaissaient pas. Cela passait encore !
Ce qui commence à mettre les résidents traditionnels du quartier en boule, c’est la construction sur tout ce qui s’y trouve comme parcelle de terrain d’immeubles neufs qui vont chercher dans les six, sept étages et plus (voir photos). Jouxtant des villas basses avec jardins privés, piscines et chambres ouvertes sur de grandes cours, toutes construites par leurs propriétaires dans le respect des dispositions du Plan Directeur d’Urbanisme, ces nouvelles constructions, quasi anarchiques, quand elles vont être achevées et occupées, habitations ou bureaux, vont se transformer en observatoire privilégiés de la vie privée des voisins qui, généralement, habitent dans les vastes villas basses.
Déjà, pas encore achevées, ces immeubles font l’objet de conflits entre leurs propriétaires et les habitants des villas basses, construites du temps où tout le monde respectait la loi, qui voulait que dans cette zone, l’on ne construise pas plus haut qu’un R+1. C’est le cas avec cet immeuble en construction, avec déjà cinq niveaux, qui donne une vue imprenable dans la maison de fabienne Diouf, jusque dans ses chambres à travers ses fenêtres, et sur la piscine de l’industriel Jean Claude Mimran, violant l’intimité de ces derniers.
Résultat : des querelles de voisinages qui pourraient déborder le cadre de simples querelles, on ne sait jamais, cependant que les autorités, bien au courant des tensions qui sévissent ici regardent ailleurs, préoccupées par la prochaine élection présidentielle.
Apparemment, le fait d’être une personne influente, en plus d’avoir la loi avec lui, n’ont pas permis à l’industriel d’obtenir la protection de sa vie privée, parce que l’immeuble en face de chez lui pousse encore. Et Jean Claude Mimran n’est pas le seul résident, dans cet environnement où les immeubles poussent comme des champignons, à désespérer de savoir vers quelle autorité se tourner pour obtenir gain de cause.
Quoiqu’il soit admis que dans ce quartier les constructions ne doivent pas dépasser R+1, les propriétaires des monstres en bétons qui dénaturent cet environnement affirment tous avoir obtenu des dérogations pour ériger leurs bâtiments. Dérogations obtenues du ministère de l’Urbanisme. On parle même d’un décret présidentiel qui prévoirait ces dérogations. Seulement, jusqu’ici, personne ne nous a jamais montré un seul papier. « Ce décret, c’est une Arlésienne », me confie un confrère qui a déjà enquêté sur un litige plus vieux que ceux évoqués ici…
Pour les dérogations, une des victimes de ces futurs repaires de voyeurs dont la villa se trouve non loin d’une école refuse que l’on dévoile son identité, mais pointe du doigt les services du ministère de l’Urbanisme. Il affirme que son futur voisin qui construit, on ne sait combien d’étages, a vu débarquer un jour les services dudit ministère qui l’ont sommé d’arrêter. Une semaine après, les travaux avaient repris (la photo est sur cette page). Et notre interlocuteurs d’ajouter : « Ils viennent mettre la pression sur les constructeurs pour que ces derniers leur donnent de l’argent. Une fois que cela est fait, les dérogations sont délivrées ». Ou peut-être, ne sont-ce que des dérogations verbales, parce qu’on aura tout vu dans ce pays où le chef de l’Etat peut s’acheter un terrain à un milliard deux cent millions, avec du cash dans des sacs…
L’ambassadeur d’Arabie Saoudite fuit la peste pour rencontrer le choléra
Ce ne sont pas Monsieur Mimran et Madame Fabienne Guillabert, ou encore notre interlocuteur anonyme, et bien d’autres malheureux qui gardent le silence, qui sont les véritables victimes de cette anarchie qui n’a pour responsable que les autorités du pays aux plus hauts niveaux, mais bien le statut de ce quartier et donc sa place et son rôle dans cet équilibre des villes évoqué tantôt. Ces deux là, en tout cas, le premier, Mimran pourrait aller se payer, n’importe où à Dakar, et à n’importe quel moment, une villa dans un autre coin huppé, calme et discret - s’il en restait encore après le passage des libéraux au pouvoir. Seulement, on peut se demander si même cela, le mettrait à l’abri définitivement de ce qu’il fuirait ainsi. On va voir le pourquoi d’une telle interrogation.
Les nuisances diverses, occupations et constructions anarchiques qui vont bientôt faire des Almadies ce qu’elles ont fait du Point E, avec des vendeurs de beignets aux coins des rues et des gargotes embusqués entre deux immeubles abritant un bordel miteux, ont fait fuir l’ambassadeur d’Arabie Saoudite qui avait sa résidence de l’autre côté de chez les Fabienne et Mimran, face au large et aux sublimes couchers du soleil que les promeneurs vont y admirer.
Le diplomate s’est fait construire ailleurs, sur la Corniche, dans un coin dissimulé aux regards des curieux par d’autres constructions de grand standing où l’on accède par un dédale de petites ruelles menant à un bord de mer en surplomb de l’océan, un environnement calme où il a pour voisin un ministre d’Etat d’un grand ministère, une superbe résidence d’un rouge grenat profond sur lequel flotte le drapeau vert et blanc du royaume. Loin du tumulte grandissant des Almadies, et des futurs voyeurs qu’un immeuble de déjà quatre niveaux, non loin de son ancienne résidence, allait lui imposer comme voisin.
Seulement voila - et c’est symptomatique de la curée sur le foncier de la part des caciques de l’Etat-Pds, de leur sentiment d’impunité, doublé d’ ignorance-, tout à côté de la superbe villa toute neuve de l’ambassadeur, carrément mitoyen, pousse déjà un chantier de construction d’un immeuble. D’après nos informations, il sera de huit étages. Ce qui a paru invraisemblable à un technicien de haut niveau que nous avons consulté. Il nous a assuré que sur ce terrain, on ne peut ériger un R+8. Nous voulons bien croire le technicien.
Seulement, sur le chantier, rien de réglementaire au plan administratif, surtout et d’abord, l’absence du « Tableau de chantier », ce panneau connu de tous portant des informations comme l’autorisation de construire, le type de bâtiment, le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre, etc., ces informations doivent obligatoirement être mises à la disposition du public selon le Code de l’urbanisme.
Son promoteur ? On vous le donne en mille : Pape Diop, président du Sénat. Se croit-il exempté de ces petites obligations, bonnes que pour la piétaille, ou dissimule-t-il un projet non avouable. Du genre, justement, que notre technicien n’imagine pas possible sur ce type de terrain. N’est-ce pas ainsi que de fil en aiguille, c’est-à-dire de dissimulation en dérogation, aux Almadies, pour ne parler que de ce que nous voyons se dérouler sous nos yeux, bientôt, certains habitants ne pourront plus se déshabiller sans s’enfermer dans leur salle de bain, ou faire trempette dans leur piscine sans s’offrir en spectacle aux yeux des occupants d’immeubles qui n’y ont pas leur place… 



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