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Economie

Dossier : Pourquoi les sénégalais ne paient pas leurs impôts

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Franklin Delano Roosevelt disait que « Dans la vie, on peut échapper à tout, sauf à la mort et à l’impôt ». Ces propos du 32e président américain ne participent certainement pas à humaniser le visage du fisc. Mais, au Sénégal, qu’on l’aime ou pas, l’impôt reste la principale source de revenus, qui permet à l’État de faire face à ses obligations.

Les 2 grandes familles d’impôts au Sénégal

Au Sénégal, il existe deux grandes familles d’impôts pour maintenir à flot la trésorerie étatique : l’impôt direct et l’impôt indirect. L’impôt direct, lui, frappe le revenu. D’une part, il y a les revenus des personnes physiques. Par exemple, l’impôt sur les salaires des travailleurs, la contrepartie d’une activité commerciale (exemple : l’impôt sur les bénéfices des commerçants) ou alors la contrepartie d’un immeuble et les revenus fonciers. D’autre part, il y a les revenus des personnes morales, comme les sociétés qui payent ce qu’on appelle l’impôt sur les sociétés. Ce sont ces deux branches qui forment l’impôt sur le revenu.

La taxe qui rapporte plus à l’État

La seconde famille, c’est l’impôt indirect. Elle, frappe la consommation. Et l’impôt le plus connu de cette famille reste la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). En effet, nombre de Sénégalais ne le savent pas. Mais, quand vous allez à la boutique, même quand vous achetez un petit bonbon, vous payez la TVA. Une taxe qui génère plus que toute autre taxe de l’État, faisant ainsi de l’impôt indirect, la famille qui rapporte le plus à l’État. « Les impôts indirects font pratiquement 70 % avec principalement la TVA. Les impôts qui frappent la consommation, qu’on appelle d’ailleurs les impôts indolores, ce sont ces impôts-là qui rapportent beaucoup plus. La TVA représente d’ailleurs 60 % de ces impôts-là », explique l’inspecteur des impôts Ousmane Sonko.

Les salariés payent plus d’impôts que les entreprises

Mais, au Sénégal, un fait surprend : les entreprises payent moins d’impôts que les salariés. « Les personnes physiques payent plus d’impôts que les personnes morales. C’est-à-dire que les salariés de ce pays payent plus d’impôts que les entreprises de ce pays. Vous avez à peu près de 306 milliards pour les impôts sur les revenus des personnes physiques et seulement 200 milliards pour les impôts sur le revenu des sociétés. Le reste c’est la TVA qui fait après 1200 milliards », déclare M. Sonko.

Un très faible sens du civisme fiscal

Si l’on évaluait les citoyens de chaque pays en fonction de leur détermination à s’acquitter de leurs devoirs fiscaux, les Sénégalais ne seraient sûrement pas rangés parmi ceux qui ont un sens élevé du civisme fiscal. Au contraire. L’incivisme fiscal semble s’est confortablement installé dans nos habitudes. Par exemple, de nombreux Sénégalais tiennent aujourd’hui un commerce très florissant, mais se noient dans l’immense secteur informel pour échapper à leurs obligations fiscales. Ce, alors qu’ils ont bénéficié et font bénéficier à leurs progénitures, des écoles, des hôpitaux, utilisent les routes et autres infrastructures construites à partir de l’impôt versé par d’autres contribuables.

Comment le fisc veut inculquer le civisme fiscal

La Direction générale des impôts et domaines veut aujourd’hui changer cette tendance et amener davantage de personnes à s’acquitter de leur devoir fiscal. « C’est dans l’esprit des enfants qu’il faut installer ce civisme fiscal. Nous avons toute une panoplie de stratégies que nous allons mettre en œuvre pour communiquer avec les populations, leur indiquer ce qu’il faut faire en matière fiscale. C’est une honorable obligation que de payer ses impôts. Nous n’allons pas être une administration agressive. Nous allons communier avec les populations, leur expliquer ce qu’elles doivent faire et l’intérêt de payer ses impôts », a expliqué Cheikh Ahmed Tidiane Bâ, le Directeur général de la Dgid.

Pourquoi le civisme fiscal est au plus bas

Cependant, ce très faible sens du civisme fiscal a de multiples causes. C’est vrai que nombre de contribuables, de façon délibérée, enfreignent la loi et jouent à cache-cache avec le fisc par cupidité. Mais, nombre d’autres raisons poussent, cependant, beaucoup de personnes, à ne pas payer l’impôt. « Il y a plusieurs raisons. La première, à mon avis, c’est qu’on a hérité d’un système fiscal à l’indépendance, qui n’a jamais fait l’objet d’une appropriation populaire et sociale. On a repris l’impôt tel qu’il est pratiqué en France. Et il n’y a jamais eu de débat national pour voir si notre système fiscal actuel est conforme à nos convictions, à nos traditions socioculturelles. C’est pourquoi, quand vous allez dans certains milieux, on vous dit “Mane sama asaka lay fay »’. Parce qu’ils sont plus dans la dynamique de l’impôt religieux qu’autre chose. Donc est-ce que notre système fiscal reflète nos réalités socioculturelles. Je ne le pense pas », indique M. Sonko.

L’impôt versé, mal utilisé par les gouvernants

La seconde cause de l’incivisme fiscal semble prendre naissance dans l’utilisation que font nos gouvernants de l’argent versé par le contribuable. En effet, au Sénégal, le sentiment que l’impôt n’est pas utilisé à bon escient, semble être bien partagé. Les gouvernants n’épargnent pas le contribuable des nombreux détournements de deniers publics ou des surfacturations dans les marchés publics. Des monuments ont été bâtis à coup de milliards alors que des populations ont besoin d’hôpitaux. Des prix de nattes et de cuillères ont même été surfacturés et c’est le contribuable qui remboursa. Un Fesman à 80 milliards de CFA, des travaux de l’Anoci avec toutes sortes d’excentricités financières, la création de nouvelles institutions qui vont happer davantage nos maigres ressources, des indemnités mensuelles de 500.000 francs CFA accordées gracieusement aux femmes et maris des ambassadeurs, des élus qui ne payent pas leurs impôts, le gaspillage éhonté durant les élections alors que l’école et les hôpitaux sont en pleine crise ! Des exonérations fiscales à des entreprises et personnalités (alliées) qui n’en ont pas besoin. Le contribuable en arrive à ne plus se fier au système et à refuser de se délester d’une partie de ses revenus au profit de l’administration.

‘L’engouement à payer l’impôt dépend de la gestion cet argent’

‘L’engouement à payer l’impôt, dans tous les pays, dépend de la gestion publique de cet argent. Si la population continue à penser que si elle paye l’impôt c’est pour enrichir des politiciens, ça ne marche pas. Les gens vous disent ‘les hôpitaux publics sont à terre, l’éducation aussi, et pourquoi je donnerais mon argent ? »’. Dans les pays scandinaves, où le consentement fiscal est le plus fort au monde, là-bas quand quelqu’un est pris pour fraude fiscale il change même de quartier parce que c’est une honte. Et dans ces pays, l’argent public est géré de façon extraordinairement transparente. Là-bas, vous ne verrez pas un ministre circuler en véhicule de fonction a fortiori à bord d’une Mercedes qui coûte 60 millions de CFA. Quand les populations ont des problèmes pour accéder à la santé, à l’éducation, à manger à leur faim et on vient leur dire qu’on construit un monument de la renaissance ou une arène nationale, tout cela heurte et les gens vous diront ‘‘je n’avais pas donné mon argent pour cela’’ », indique le l’inspecteur des impôts, qui est aussi Président du Pastef-Les patriotes.

Pourquoi, malgré tout, vous devez payer vos impôts !

Pourtant, malgré ces scandales et la mauvaise gestion financière, les populations devraient continuer à payer leurs impôts pour la bonne marche du pays.

En attendant nos futures rentes pétrolières ou gazières, la construction des écoles, des hôpitaux, des routes, le financement, du développement de ce pays repose et reposera sur les épaules du contribuable. Une responsabilité qui incombe à tout sénégalais pour, au moins, espérer donner un avenir meilleur à son enfant et pouvoir exiger de l’Etat, des services de qualité. Même si ce civisme fiscal doit s’accompagner d’une vigilance accrue quant à l’utilisation de l’impôt par nos gouvernants. ‘Les Sénégalais doivent tout faire pour payer leurs impôts, nonobstant tous les problèmes et dysfonctionnements soulignés. Ils le font pour eux-mêmes. Mais qu’ils ne se limitent pas à payer l’impôt. Qu’ils s’assurent que l’argent a été utilisé conformément à l’intérêt supérieur de cette Nation et des populations. Des gens prennent leurs responsabilités au détriment de leurs carrières pour dénoncer les tares du système. Il faut qu’ils aient une appropriation citoyenne sur cette question’, conclut le fiscaliste.



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